Résumé
On vous demandait de commenter les deux derniers paragraphes du texte de Pierre Loti, extrait de son oeuvre autobiographique
Le Fantôme d'Orient, dans laquelle il évoque son amour pour une femme turque qu'il appelle Aziyadé, dans le roman autobiographique du même nom. Femme qu'il a perdue et dont il imagine ("invente") la mort.
Les axes principaux à faire apparaître dans le commentaire étaient donc : l'amour, la mort, en montrant comment, dans sa démarche autobiographique, Loti prend ses distances avec le réel, le "vraiment vécu", dans une sorte de rêve, cauchemar qu'il traverse comme un somnambule (...)
Sommaire:
I) La fiche signalétique
II) Les réactions à chaud du professeur
III) Les connaissances requises
IV) Un traitement possible du sujet
V) Les fausses pistes
Fragment du texte analysé:
A la veille de son départ pour Stamboul (Istanbul) où il n'est pas revenu depuis dix ans, Loti s'inquiète et rêve de ce "retour" : autrefois il y a connu une femme dont il a raconté l'histoire dans un de ses livres : Aziyadé.]
Pour le relire, pendant cette soirée d'attente, je vais chercher avec crainte un livre qu'autrefois j'ai publié, par besoin déjà de chanter mon mal, de le crier bien fort aux passants quelconques du chemin, et que, depuis le jour où il a paru, je n'ai plus jamais osé ouvrir. Pauvre petit livre, très gauchement composé, je pense, mais où j'avais mis toute mon âme d'alors, mon âme en déroute et prise des premiers vertiges mortels, ne pensant pas du reste que je continuerais d'écrire et qu'on saurait plus tard qui était l'auteur anonyme d'Aziyadé. (Aziyadé, un nom de femme turque inventé par moi pour remplacer le véritable qui était plus joli et plus doux, mais que je ne voulais pas dire.)
Avec recueillement, comme si je regardais dans une tombe en soulevant la dalle funéraire, je commence à tourner ces pages oubliées, étonnantes pour moi-même qui les ai jadis écrites.
Des enfantillages d'abord qui me font sourire. Un certain Loti de convention, auquel je m'imaginais ressembler. Et puis, çà et là, des bravades, des blasphèmes ; les uns banals et ressassés dont j'ai pitié ; les autres, si désespérés et si ardents, que c'étaient encore des prières. Oh ! le temps jeune, où je pouvais blasphémer et prier ! (...)