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Economie

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La notion du travail dans l'éthique musulmane

Economie | 75 pages | 11-12-2007 | Format : Document Adobe Acrobat PDF | Note : Non noté

PRIX : 9.00€ |
Résumé

L'éthique religieuse peut-elle agir d'une manière positive ou négative sur le comportement
économique de l'individu ? En d'autres termes, les interdictions religieuses peuvent-elles
canaliser les motivations et les intérêts humains vers certaines finalités ? Selon Max Weber, la conduite économique des hommes peut être influencée par leur système de croyances et inversement « certains bénéfices psychologiques (de caractère non économique) extrêmement efficaces pour le maintien de l'attitude qu'elle prescrit. Cependant, dans la mesure où ces bénéfices produisent un effet, la direction dans laquelle celui-ci se fait sentir, [...] fait que cette éthique exerce une influence indépendante sur la conduite et par-là même sur l'économie » ; or, ajoute-t-il, aucune morale économique n'a jamais été déterminée par la seule croyance religieuse ; la morale est déterminée conjointement par des éléments géographiques, économiques et historiques. Quelle éthique économique défend l'islam ? Quelle place réserve-t-il au travail ?

Depuis la haute Antiquité, l'Arabie, berceau de l'islam, est le théâtre d'une activité
économique florissante concentrée plus particulièrement à La Mecque entre les mains des
Koraïchites, une tribu qui a, plus de deux siècles avant l'islam, renoncé à la vie nomade pour s'organiser en une oligarchie commerciale. Elle a exercé une hégémonie économique, politique et religieuse et constitué une sorte de classe de marchands faisant croître leurs capitaux en numéraire et réalisant des gains excessifs grâce au prêt à intérêt, au négoce, aux transactions et aux spéculations commerciales à l'intérieur et à l'extérieur du pays. Cette Arabie préislamique a atteint un niveau économique monétaire important entraînant une modification dans les rapports sociaux, plus particulièrement dans les villes commerçantes comme La Mecque, la métropole religieuse, et les zones agricoles à Médine. Cet essor économique s'est traduit par l'introduction de nouvelles structures dépassant l'économie tribale. En effet, La Mecque, placée sur « la route de l'encens », des épices, des pierres précieuses, entre le golfe Arabique, la mer Rouge, l'océan Indien et la Méditerranée, est devenue un centre d'expéditions commerciales (S. 106) avec une organisation financière suffisamment importante pour permettre un développement économique, qualifié de « capitaliste » par Montgomery Watt". Cette expression est cependant considérée comme impropre à la structure économique mecquoise par Georges Henri Bousquet1 et Maxime Rodinson. Toutefois, La Mecque ne forme qu'un îlot dans l'immense péninsule arabique qui reste au stade d'une économie de subsistance.

Devant l'apparition des nouvelles forces économiques, créant notamment des disparités
entre les riches et les pauvres, il était nécessaire de pallier cette inégalité. L'action de
Mohammed s'inscrit dans cette perspective en prêchant un islam qui prolonge la tradition
monothéiste. Pour M. Weber, l'islam, comme le judaïsme ou d'autres croyances d'ailleurs,
ignore l'existence de l'au-delà et s'oriente vers un monde purement matériel : « L'au-delà
n'était guère connu de toutes les religions, ni même par toutes les grandes religions. À
l'exception, partielle d'ailleurs, du christianisme, et de quelques autres confessions spécifiquement ascétiques, les biens de toutes les religions, primitives ou cultivées, prophétiques ou non prophétiques, étaient d'abord des objets bel et bien terrestres : santé, longue vie, richesses, telles étaient les promesses des religions chinoise, védique, zoroastrienne, hébraïque ancienne, islamique, tout comme des religions phénicienne, égyptienne, babylonienne et germanique ; telles les promesses faites aux laïcs pieux de l'hindouisme et du bouddhisme». Cette conception n'est qu'une mise en forme universelle des préjugés répandus à son époque. Or, pour transmettre le message de la nouvelle religion, Mohammed a dû s'appuyer sur le dernier jugement, sur la récompense dans l'au-delà : Dieu jugera l'homme ; il le récompensera ou le punira. De très nombreuses fois, le Coran parle de la récompense et de la rétribution de l'homme auprès de Dieu pour les bonnes actions accomplies dans ce bas monde. L'homme doit donc à Dieu une reconnaissance, un culte. Cette reconnaissance se manifeste à travers le bon usage de la richesse tempérée par le travail comme une source légitime -- ce message est tout particulièrement adressé aux riches Mecquois, les Koraïchites - et par le secours des pauvres pour le salut individuel du donateur. Ainsi, en plus de la valeur sociale du travail, l'individu acquiert-il une valeur religieuse lui permettant d'accéder au paradis éternel. Grâce à ce message, Mohammed a pu unifier toutes les tribus qui vivaient en discordance permanente à cause des guerres incessantes entre les clans, la solidarité tribale, en causant des préjudices importants à la prospérité économique de l'Arabie qui souffrait en même temps de l'insécurité de ses routes : la razzia était, pour certaines tribus pauvres du désert, un mode traditionnel de subsistance. Cette unification a permis de constituer une communauté, la wnma, sociale, économique et politique, fondée sur une foi arabe nouvelle : « Nous l'avons fait descendre en une Prédicationarabe » (S. 12,2). L'adhésion à cette communauté garantissait la paix et la sécurité des affaires économiques ; la pacification de l'Arabie nécessitait de trouver d'autres sources de profit au-delà de ses frontières, conduisant ainsi l'homme arabe à partir à la conquête du monde, car la
nouvelle foi fait de lui un « Vicaire de Dieu sur terre » (S. 2, 30).

Puisque cette nouvelle foi s'inscrit dans la même logique que les autres religions monothéistes, dites révélées - le judaïsme et le christianisme -, il est intéressant de s'interroger sur sa représentation du travail. S'agit-il d'un prolongement de la pensée biblique et de ses différents héritages, en particulier le grec qui a eu un impact important sur la naissance de la philosophie et des sciences profanes arabes ?

Pour répondre à ces questions, nous allons d'abord commencer par l'étude du Coran et de la sunna (comme sources premières) (I) ; nous compléterons ensuite notre analyse par des textes qui nous sont parvenus, à savoir les écrits des jurisconsultes ou juridico-théologiques (II),) pour traiter dans un autre chapitre les relations de travail ainsi que les droits des travailleurs.

Sommaire:

CHAPITRE I : LE TRAVAIL DANS L'ÉTHIQUE MUSULMANE

I) Le travail dans le Coran et la sunna

A. Les différents termes du travail et les domaines afférents

B. L'éthique religieuse du travail

1) Le travail, obligation religieuse
2) Le travail, source de richesses

II) Le travail selon les jurisconsultes

A. Sur la théorie de l'acquisition des biens (kasb et iktissàb)

1) Les déterministes
2) Les mu'tazilites
3) Le travail dans la doctrine sunnite
4) La doctrine chiite
5) La doctrine kharijite

B. Le travail, source de la propriété terrienne

C. Le louage de services

D. Le droit et les pratiques commerciales

1) Le prêt à intérêt
2) Les contrats commerciaux
3) L'institution de la hisba, l'organisation du marché

III) Le travail dans les oeuvres philosophiques et scientifiques

A. Le travail, fondement de la cité

B. L'expérimentation et l'observation

CHAPITRE II : LES RELATIONS DE TRAVAIL DANS L'ÉTHIQUE MUSULMANE

I) Importance du Travail selon l'Islam

A. Un acte d'adoration

B. Un combat

C. La mendicité

II) Droits des travailleurs dans l'Islam

A. Claire et correcte des accords

B. La dignité des travailleurs

C. Aménité aux travailleurs

D. Adéquate et en temps voulu les salaires

E. La liberté de constituer des syndicats

F. Le droit à une indemnisation

G. Le droit d'avoir des feuilles

H. Promotion

III) Le statut du travail et ses règles

IV) La reconnaissance du travail de la femme au foyer


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