Résumé
Commentaire composé du poème en prose
Chacun sa chimère de Baudelaire.
Extrait:
Lors des premières lignes de l'extrait nous remarquons que le monde va bientôt finir par disparaître car on nous dit qu'il n'y a plus de végétation « sans chemins, sans gazon, sans un chardon, sans une ortie » (L1 à 2). Nous sommes plongés dans un chaos sans fin avec des couleurs sombres et un mauvais temps comme si une tempête se préparait « Sous un grand ciel gris » (L1). Nous pouvons faire le lien entre la couleur gris dominante et la couleur du charbon ainsi que de la farine (...)
Sommaire:
Introduction
I) Le Paysage, un univers spleenétique
A. Couleur et néant du paysage
B. Indéfini
C. L'éternité de l'œuvre
II) L'allégorie
A. Le sens de l'allégorie
B. Les représentations de la chimère envers les hommes
C. La marche des hommes
III) Narrateur poète et les voyageurs
A. « Je » du narrateur
B. Description des « voyageurs »
C. Solitude du poète
Conclusion
Poème:
Sous un grand ciel gris, dans une grande plaine poudreuse, sans chemins, sans gazon, sans un chardon, sans une ortie, je rencontrai plusieurs hommes qui marchaient courbés.
Chacun d'eux portait sur son dos une énorme Chimère, aussi lourde qu'un sac de farine ou de charbon, ou le fourniment d'un fantassin romain.
Mais la monstrueuse bête n'était pas un poids inerte; au contraire, elle enveloppait et opprimait l'homme de ses muscles élastiques et puissants; elle s'agrafait avec ses deux vastes griffes à la poitrine de sa monture et sa tête fabuleuse surmontait le front de l'homme, comme un de ces casques horribles par lesquels les anciens guerriers espéraient ajouter à la terreur de l'ennemi.
Je questionnai l'un de ces hommes, et je lui demandai où ils allaient ainsi. Il me répondit qu'il n'en savait rien, ni lui, ni les autres; mais qu'évidemment ils allaient quelque part, puisqu'ils étaient poussés par un invincible besoin de marcher.
Chose curieuse à noter : aucun de ces voyageurs n'avait l'air irrité contre la bête féroce suspendue à son cou et collée à son dos; on eût dit qu'il la considérait comme faisant partie de lui-même. Tous ces visages fatigués et sérieux ne témoignaient d'aucun désespoir; sous la coupole spleenétique' du ciel, les pieds plongés dans la poussière d'un sol aussi désolé que ce ciel, ils cheminaient avec la physionomie résignée de ceux qui sont condamnés à espérer toujours.
Et le cortège passa à côté de moi et s'enfonça dans l'atmosphère de l'horizon, à l'endroit où la surface arrondie de la planète se dérobe à la curiosité du regard humain.
Et pendant quelques instants je m'obstinai à vouloir comprendre ce mystère; mais bientôt l'irrésistible Indifférence s'abattit sur moi, et j'en fus plus lourdement accablé qu'ils ne l'étaient eux-mêmes par leurs écrasantes Chimères.