Résumé
Pierre de Ronsard (1524-1585), est principalement connu pour ses recueils amoureux tels
Les Amours ou
Les Sonnets pour Hélène, inspirés des épicuriens antiques. Mais le "Prince des Poètes", chef de file de l'école de la Pléiade, s'inspire également de l'Antiquité pour composer des poèmes plus élevés, comme le recueil des Hymnes, publié en 1555, dans lequel il chante des personnalités de son temps ou encore des entités, en mêlant son inspiration chrétienne à sa connaissance des mythes païens. C'est le cas de "l'Hymne de la Justice", dont est extrait ce passage, où Ronsard fait l'éloge de la justice incarnée à son époque par le cardinal Charles de Lorraine, dédicataire du poème. Mais en réalité, sur le mode élevé que permet le genre de l'hymne, c'est Dieu qu'il célèbre, dont la Providence s'exerce sur les hommes par cette justice. Dans quelle mesure ces alexandrins révèlent-ils la confiance de Ronsard en la Justice divine et son optimisme face à la marche du Monde ? Il est intéressant de constater qu'à travers la célébration de l'Harmonie terrestre, c'est une célébration de Dieu que nous offre le poète, qui met ainsi en lumière le syncrétisme si cher aux écrivains humanistes (...)
Sommaire:
Introduction
I) Une célébration de "harmonie du monde"
II) Une célébration de Dieu
III) L'expression d'un syncrétisme humaniste
Conclusion
Texte commenté:
Hymne de la Justice
La nature a donné aux animaux des bois,
Aux oiseaux, aux poissons, des règles et des lois
Qu'ils n'outrepassent point; au monde on ne voit chose
Qu'un très fidèle accord ne gouverne et dispose :
La Mer, le Ciel, la Terre, et chacun Élément
Garde une loi constante inviolablement :
On ne voit que le jour devienne la nuit brune,
Que le soleil ardent se transforme en la Lune,
Ou le Ciel en la Mer, et jamais on n'a vu
L'Air devenir la Terre, et la Terre le Feu.
Nature vénérable en qui prudence abonde
A fait telle ordonnance en l'Âme de ce Monde,
Qui ne se change point, et ne se changera,
Tant que le Ciel voûté la terre logera ;
Et pour ce, du nom grec ce grand Monde s'appelle,
D'autant que l'ordonnance en est plaisante et belle.
Mais celui qui nous fit immortels les esprits
Comme à ses chers enfants, et ses plus favoris,
Que trop plus que le Ciel ni que la Terre il aime,
Nous a donné ses lois de sa propre main même.
Moise premièrement apprit les lois de Dieu,
Pour les graver au coeur du populaire Hébreu,
Minos a des Crétois les villes gouvernées
Des lois que Jupiter lui avait ordonnées,
Solon par celles-là que Pallas lui donna
Régit l'Athénien, Lycurgues gouverna
Par celles d'Apollon la ville de Lacène :
Et bref, des lois de Dieu toute la terre est pleine.
Car Jupiter, Pallas, Apollon sont les noms
Que le seul Dieu reçoit en maintes nations
Pour ses divers effets que l'on ne peut comprendre,
Si par mille surnoms on ne les fait entendre.