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Document présent dans la catégorie Histoire Moderne

Histoire Moderne

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La déclaration de guerre entre François Ier, Henri VIII et Charles Quint

Histoire Moderne | 9 pages | 23-11-2007 | Format : Document Microsoft Word | Note : Non noté

PRIX : 3.60€ |
Résumé

Cette déclaration de guerre ouverte entre François Ier et Charles Quint nous invite à nous demander pourquoi après 6 ou 7 ans déjà de guerre, les deux rois en viennent à ces modalités moyen-âgeuses de la guerre. Et on se demandera si derrière ce cérémonial médiéval, ne se dessine pas un aspect nouveau de la guerre à savoir la diplomatie.
Pour cela nous étudierons ce document en 3 parties. Tout d'abord, nous verrons en quoi cette déclaration s'apparente à un défi de tradition chevaleresque. Puis, dans une seconde partie, nous verrons en quoi elle révèle une réaction générale du monde chrétien face à la politique de Charles Quint. Enfin, nous essaierons d'y voir le subtil jeu diplomatique qu'elle permet. (...)

Sommaire:

Introduction

I) Un défi de tradition chevaleresque

A. Un cérémonial médiéval
B. La logique du duel

II) Une réaction du monde chrétien

A. L'outrage à la capitale chrétienne
B. L'outrage à la paix universelle et la menace des ennemis de la foi
C. Une coalition des princes chrétiens contre Charles Quint

III) Un subtil jeu diplomatique

A. La diplomatie secrète d'Henri VIII
B. La victoire diplomatique de François Ier
C. Le coup de théâtre de Charles Quint

Conclusion

Texte:

Le mercredi jour de fête Saint Vincent, 22e du mois de janvier 1528, style d'Espagne, en la cité de Burgos, Guyenne, roi d'armes du roi de France, et Clarenceaulx, roi d'armes du roi d'Angleterre, se trouvèrent en cour au matin, environ les neuf heures, et firent supplier à sa majesté qu'il lui plut leur donner heure d'audience. Monsieur de la Chaux, par ordonnance de sa majesté, leur fit réponse que ce serait pour entre les dix et onze heures avant midi.
A ladite heure, sa majesté impériale vint à la grande salle de sa cour, en laquelle fut accompagné de plusieurs prélats et grands d'Espagne, ducs, marquis et comtes, gens de ses conseils, barons, nobles et autres bons personnages de plusieurs nations de ses royaumes et seigneuries en grand nombre, s'assit en sa chaire préparée comme à sa dignité appartient ; lesdits rois d'armes étaient au bout de la salle, chacun sa cotte d'armes sur le bras gauche, firent les trois révérences genoux en terre, et eux étant au bas du degré, devant la présence de sa majesté impériale accompagné comme dessus, dirent par la bouche dudit Clarenceaulx, roi d'armes d'Angleterre, ce qui s'ensuit :
« Sire, suivant les lois et édits inviolablement gardés et observés par vos prdcesseurs empereurs romains, rois, princes et capitaines, nous Guyenne, roi d'armes du roi de France, et Clarenceaulx, roi d'armes du roi d'Angleterre, nos souverains et naturels seigneurs, nous présentons devers votre sacrée majesté pour vous déclarer aucunes choses de la part desdits rois nos maîtres,vous suppliant, sire, que ayant regard aux susdites lois et édits, usant de votre bénignité et clémence, vous veuillez faire donner sûr accès et bon traitement en vos pays, terres et seigneuries, attendant votre réponse, avec sûre conduite jusque ès pays, terres et seigneries de nos dits souverains seigneurs. »
Sa majesté leur répondit : « Dîtes ce que lesdits rois vos maîtres vous ont donné charge : vos privilèges vous seront gardés, et l'on ne vous fera nul dépaisir en mes royaumes ».
Après cette réponse, ledit Guyenne lut par écrit ce qui s'ensuit, signé de sa main ainsi : Guyenne, roi d'armes.
« Sire, le roi très chrétien, mon naturel et souverain seigneur m'a commandé vous dire qu'il a un merveilleux regret et déplaisir de ce qu'il faut que, au lieu de l'amitié qu'il a tant désirée et souhaitée avoir avec vous, l'inimitié précédente demeure encore en sa vigueur, de laquelle voit et connaît que les maux et inconvénients logtemps jà commencés continueront et augmenteront (…) et que les forces et jeunesse que l'un et l'autre deviez employer contre les ennemis de la foi s'exécuteront à l'effusion de sang chrétien et offense de Dieu (…).
Et d'autant que aucuns ceux avouant à vous ont assailli, pris et forcé la cité de Rome, qui est le lieu où se tient le Saint Siège apostolique, où se sont commis tous les délits et crimes dont l'on se pourrait aviser, les églises et reliques profanées, le pape, tenant le siège de Saint Pierre comme vicaire de Dieu en terre, pris et mis hors de sa liberté ; ceux qui ont commis et perpétré lesdits exécrables délits et maléfices, ensemble leurs acteurs et facteurs, sont tombés et encourés aux peines de droit, et ceux qui le tiennent captif s'avoue à vous (…)
Et d'autre part, le différend que, de présent, peut-être entre vous et le roi mon souverain et naturel seigneur, gît principalement sur la rançon et recouvrement de messieurs ses enfants, qui tiennent otages pour icelle ; il vous a plusieurs fois offert, et encore vous offre la vous payer et bailler, non seulement celle que l'on pourrait dire être raisonnable et accoutumée en tel cas, mais beaucoup plus grande, et ne vous deviez arrêter aux choses que par force et crainte vous a promises, lesquelles justement ni honnêtement ne pouvait garder ni accomplir. Vous eussiez beaucoup plus gagné à prendre ladite rançon telle que vous a été offerte, que de continuer la guerre et être cause des maux et inconvénients qui adviennent chacun jour en la chrétienté.
Vous voyez le roi d'Angleterre, avec lequel y a amitié et fraternité perptuelle, et aussi les Vénitiens, Florentins, duc de Bar, et autres princes et potentats suivre et tenir la partie dudit sieur roi très chrétien, parce qu'ils voient qu'il se met à la raison, et que à cause de ce que n'y voulez entendre, la paix universelle ne se peut faire en la chrétienté ; les ennemis de la foi gagnent pays, toute l'Italie est en armes, sang et rapines, le siège apostolique troublé ; si de votre part n'aidez à y mettre fin, et les choses continuant ainsi que sont commencées, est à craindre que Dieu ne se courrouce.
Et d'autant, sire, que par remontrances que les susdits vous aient su faire, offres et présentatons que ledit seigneur vous ait faites, n'avez voulu entendre ni acquiescer à faire un traité honnête avec lui et vous contenter d'une rançon plus que raisonnable, et ne voulez rendre à son bon frère et perpétuel allié et confédéré le roi d'Angleterre ce que vous lui devez, et mettre le pape en sa liberté, et laisser en paix et tranquillité l'Italie, il m'a commandé vous déclarer,signifier et notifier, à son très grand regret et déplaisir, avec son dit très bon frère le roi d'Angleterre, qu'ils vous tiendront et auront pour leur ennemi, déclarant toutes manières de traités et conclusions par avant passés entre lui et vous, en tant que concernent votre profit et utilité, être nuls, et que de sa part ne les veut garder et observer, ainsi par tous les moyens qu'il pourra penser avec ses bons amis, alliés et confédérés, vous grèvera par toutes forces, vos pays, terres et sujets et vassaux, par guerre et autrement, ainsi qu' il connaitra être à faire, jusqu'à ce que lui aurez rendu ses enfants avec honnêtes pactes et convenances sur leur rançon, délivré le pape, rendu au roi d'Angleterre ce que tenez de lui et acquitté la somme que lui devez , et laissé ses alliés et confédérés en paix, repos et tranquillité.(…) Fait le 11e jour de novembre l'an 1527.

Papiers d'Etat du Cardinal de Granvelle,éd. Ch. Weiss, Paris, T.I, 1841, p.310-314.


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