Résumé
Cours universitaire de sociologie japonaise, entièrement rédigé en français, et illustré par des schémas explicatifs.
Extrait:
Pour étudier, et dans une certaine mesure comprendre les faits sociaux du Japon, divers points de vue peuvent et ont été adoptés ; chacun met en place un rapport différent entre ce pays et ce qu'on pourrait appeler la « modernité occidentale ».
Le regard « anthropologique » établit une séparation entre un « ici » et un « là-bas ». Il conçoit le Japon soit comme pré-moderne (pays des traditions), soit comme exotique. Il établit une idée de différence, de fossé culturel : cette coupure, ou rupture, est caractéristique.
La science sociologique est née pour comprendre sa propre société. Le regard « sociologique » porté sur le Japon l'inclut dans la modernité occidentale, ou plutôt dans un ensemble commun (pays industrialisés, etc.) : il y a absence de coupure. Il s'applique à décrire des faits de comportement en dehors de toute culture, celle-ci étant mise entre parenthèse : sociologie axée sur la pratique de tel métier, ou sur telle organisation, etc.
Il faut aussi considérer le point de vue des Japonais eux-mêmes, qui intègre en partie les visions et les moyens d'études étrangers.
Le regard anthropologique envisage le Japon comme objet de recherche. Le regard folklorique, né en réaction de celui-ci dans les années 1920, refuse d'appliquer une science occidentale pour comprendre le Japon, refus qui se traduit par une opposition au niveau théorique et de discipline. Ce mouvement est né en marge de la ligne officielle impériale qui elle avait opté pour les études anthropologiques. On peut faire un parallèle entre ces deux points de vue et la médecine, où se sont opposées tout en se complétant la technique occidentale et la tradition sino-japonaise.
Le regard sociologique s'appuie aussi sur des méthodes occidentales et refuse tout exotisme : romans de Murakami Haruki ou de Yashimoto Banana, qui constituent des réflexions à valeur universelle sur la modernité ; oeuvre artistique d'avant-garde de Ono Yôko ; films de Aoyama Shinji, etc. A l'inverse, le film « Mononoke hime » de Miyazaki (Princesse Mononoke) porte un regard folklorique sur le Japon d'aujourd'hui : il participe à des courants de pensée sur un « nouveau Japon », et les possibilités d'une nouvelle identité. A l'opposé de la vision historique traditionnelle et officielle, il contribue à construire une histoire en réaction : critique du pouvoir impérial, intégration de groupes tabous et effacés de l'histoire, notamment par l'évocation du problème des lépreux, jamais abordé autrement qu'en terme de discrimination. Le fait que le héros du film vienne d'un village de montagne situé hors du Japon ancien est caractéristique de cette réflexion sur un nouveau Japon. [...]
Plan:
1. Introduction
2. Ruth Benedict
3. Chie Nakane
4. Doi Takeo
5. Résumé et développements. Critique des ouvrages abordés
6. Compléments