Résumé
« La nature a fourni aux hommes les premiers miroirs. Le crystal des eaux servit leur amour propre, et c'est sur cette idée qu'ils ont cherché les moyens de multiplier leur image ». Dès les débuts de l'histoire, sans aucun doute, l'homme s'est intéressé à son image et a usé de toutes sortes d'expédients, pierres sombres et brillantes, ou cuvettes d'eau, pour s'y voir. « Quand, pour la première fois, dans un vivant, l'instinct s'est aperçu au miroir de lui-même, c'est le Monde tout entier qui a fait un pas ». Encore faudrait-il savoir de quel pas il s'agit [...]
[...] Comme le rapporte Ulpien, on décore ainsi les appartements en incrustant ces miroirs dans la muraille : « Nec (argenti appellatione continebitur) speculum vel parieti ad fixum vel etiam quod mulier mundi causa habuit ». Sénèque, enfin, ironise sur l'importance de ces décorations qui un peu partout viennent signifier un rang, mais qui ne sont que des parures : « On se regarde comme pauvre et crasseux, si les parois de la salle de bains ne diffusent l'éclat de larges disques de marbre incrustés, si des marbres de Numidie ne s'incrustent, pour les faire ressortir, dans les marbres d'Alexandrie, si le tout n'est entouré d'un encadrement recherché, multicolore comme si c'était de la peinture, si du verre ne cache la voûte... ». Le verre dont parle Sénèque renvoie sûrement à ce que dit Pline d'une « pierre spéculaire » (lapis specularis) : cet albâtre gypseux, qui avait le mat et le gris de l'alun de roche, découvert du temps de Néron, servait aux romains comme substitut du verre pour les fenêtres surtout celles de la salle à manger, l'hiver, afin de la préserver des pluies et des orages. Il est identifié tantôt avec toutes sortes de micas, tantôt avec le sélénite, ou le gypse lui-même. Car le sélénite fut en effet lui aussi utilisé dans la construction des fenêtres jusqu'au XVIIIe siècle, bien que les vitres de verre aient été inventées dès le Ier siècle environ après Jésus Christ. Comment expliquer alors la lenteur de la diffusion du verre dans pareil contexte ?
Sommaire:
Introduction : Archéologie du spéculaire
I) Mythologie
A. Narcisse spéculaire
B. Image et mythe
II) Image et magie
A. Superstitions
B. A travers le miroir
III) La féminité au miroir
A. Vénus
B. Du bon usage du miroir
Conclusion : L'érotique du miroir