Résumé
« L'Amérique latine vire à gauche ». Tel a été le constat dressé par la majorité de la presse européenne au lendemain des élections présidentielles du Chili et de Bolivie qui ont vu le succès de Michelle Bachelet et d'Evo Morales. Et on cite alors, pêle mêle à l'appui de cette conclusion (hâtive), les précédents de Nestor Kirchner en argentine, de Tabaré Vasquez en Uruguay, de Lula au brésil ou de Chavez au Venezuela. Certains ajoutent à cette liste Fidel Castro à Cuba. Et rappellent qu'une grande partie du continent pourrait « basculer à gauche » lors de l'année 2006, très chargée en élection nationale sur le sous-continent. Pourtant, il paraît hasardeux de parler d'une bascule à gauche, tant celle-ci est diverse sur le continent américain. Cela revient à coller sur une réalité latino-américaine complexe une grille de lecture européenne fondée sur le binôme droite-gauche, avec, en toile de fond, un projet de révolution anti-impérialiste. Mais la gauche latino-américaine, désormais au pouvoir dans de nombreux pays, est loin d'être unie. En réalité, ses dirigeants reflètent un large éventail idéologique, allant du réformisme à un nationalisme plus ou moins radical.